La prière de l’Eglise Bréviaire et l’Oraison

La prière de l’Église : le Bréviaire

La prière du bréviaire ou la prière du Temps Présent ou encore la Liturgie des Heures sanctifie le temps et l’espace dans lequel le Seigneur nous a posé, pour mieux le connaître et mieux l’aimer. L’amour du Seigneur suppose l’amour du prochain. Aimer le prochain avec lequel nous cheminons dans la foi, le cœur tout tourné vers l’appel à la sainteté, c’est se mettre à sa disposition et le servir. La prière du bréviaire est la prière de l’Eglise, qui, par sa voix, se tourne vers le Seigneur qui intercède pour son Eglise auprès du Père. Aujourd’hui certains fidèles laïcs pensent que la prière du bréviaire ou la prière du Temps Présent ou la Liturgie des Heures, n’est réservée qu’aux prêtres, religieux et religieuses. Cette réflexion relève soit de l’ignorance, soit de la paresse de prendre du temps pour entrer en relation avec Dieu.

La prière devient le lieu de la rencontre entre le Bien-aimé et la bien- aimée, c’est-à-dire entre le fidèle et son Seigneur. Ceci explique la rencontre entre Jésus et Zachée. Cette prière sanctifie notre temps et
notre espace.

De quel temps s’agit-il ?

Il est question du temps chronologique (temps conçu) qui s’étale dans le temps appelé durée (temps vécu). Par la prière, « Les Veilleurs de la Cité », veulent unir leur voix à celle de l’Eglise universelle qui est déjà dans un acte de prière. A ce propos, Saint Paul, en 1Th 5,17 nous invite à prier sans cesse et avec persévérance. Proposer la prière du Temps Présent aux « Veilleurs de la Cité », ne relève pas du désir de les transformer en moines ou en moniales. Toutefois elle est une invitation à s’ouvrir au Tout Autre et d’entrer en communion avec Lui par et avec l’Église en prière.

La prière du Temps Présent ou la Liturgie des Heures sanctifie notre temps chronologique par l’irruption du Kairos (le temps de la grâce). De fait, cette prière est repartie en divers moments de la journée si bien que le chrétien peut entrer en communion avec le Seigneur, huit fois par jour: l’Office des lectures ou Vigiles dans certaines communautés monastiques, Office des Laudes au lever du soleil, l’Office Prime, l’Office de Tierce vers 9h, l’Office de Sexte vers midi trente, l’Office de None vers quatorze heures, l’Office des Vêpres vers 18h, et l’Office des complies.

Pour « Les Veilleurs de la Cité », il suffira d’observer les Offices des Laudes, des Vêpres et des Complies. Prier ces Offices, relève plutôt d’un acte d’amour et non d’obligation. « Les Veilleurs de la Cité » sont invités à aimer le Seigneur amour pour amour. L’invitation à prier ces Offices permet à ces derniers de faire mieux usage de leur temps en laissant le Seigneur organiser leur vie quotidienne. In fine, tout « Veilleurs de la Cité » est appelé à mettre le Seigneur au centre de sa vie et faire en sorte que toutes les activités tournent autour de Lui.

Aujourd’hui, il plus qu’évident pour les fidèles de s’engager dans un mouvement de vie spirituel et de vivre pleinement leur foi. Cette disposition leur permet d’avoir de la mesure dans l’usage des instruments médiatiques. Cette vie de prière leur permet de prendre du recul par rapport à certaines valeurs que propose la société, qui entrent en contradiction avec les valeurs chrétiennes.

La présentation du bréviaire ou de la Liturgie des Heures, comme nous le faisons ici, n’est pas une démarche académique qui nécessiterait une explication détaillée de tout ce qui entre dans la sanctification du temps par la prière ; elle est plutôt une démarche spirituelle et toute simple, facile à comprendre pour tous «Les Veilleurs de la Cité ». Tout cela n’est pas une théorie mais une formulation de ce que nous vivons dans le quotidien.

Voici l’application que nous utilisons. Elle comprend la Sainte Bible et les lectures du jour.

https://play.google.com/store/apps/details?id=co.epitre.aelf_lectures


ORAISON : les 4 étapes de Guigue le Chartreux en lien avec la tradition monastique

Les quatre étapes de la Lectio Divina


 » La lectio divina constitue un véritable itinéraire spirituel par étapes. De la lectio, qui consiste à lire et relire un passage de l’Écriture Sainte en en recueillant les principaux éléments, on passe à la meditatio, qui est comme un temps d’arrêt intérieur, où l’âme se tourne vers Dieu en cherchant à
comprendre ce que sa parole dit aujourd’hui pour la vie concrète. Vient ensuite l’oratio, qui nous permet de nous entretenir avec Dieu dans un dialogue direct, et qui nous conduit enfin à la contemplatio ; celle-ci nous aide à maintenir notre cœur attentif à la présence du Christ, dont la
parole est une « lampe brillant dans l’obscurité, jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans nos cœurs
 » (2 P 1, 19).  » Benoît XVI, le 22 juin 2006


En s’inspirant de l’image biblique de « l’échelle sainte» (cf. Gn 28,12
et Jn 1,51), Guigues le Chartreux a recueilli l’héritage patristique et
monastique sur la lectio divina et a synthétisé cette pédagogie divine en
proposant quatre échelons qui permettent, à partir de l’accueil de la
Parole, d’aboutir à la contemplation et de nourrir l’action.
La lectio, la meditatio, l’oratio, la contemplatio


a. La « lectio »


Cette simple, mais attentive, lente et dense lecture est déjà une
présence divine, vérité révélée en Jésus-Christ. Cette lecture n’est en
réalité pas si facile à faire. Elle demande silence, disponibilité, gratuité et
attention, si elle ne veut pas être superficielle et si elle veut nous conduire
à la contemplation. Il faut apprendre à ne pas passer trop rapidement
par-dessus cette première étape de la pédagogie divine de la Lectio
Divina.


Voilà pourquoi chaque lecture doit se faire calmement, paisiblement,
sans hâte, sans ce désir de savoir qui dénote une recherche critique, un
travail humain qui veut percer une réalité qui se présente et que l’on veut
comprendre, posséder. La « lectio » est une ouverture, elle n’est pas une
conquête. Aussi ne la fait-on bien que si on lit en laissant dès le début à
l’Esprit de Dieu, la liberté de nous éclairer comme il veut, de nous faire
voir ce qu’il veut nous faire contempler, de nous faire désirer à cette
lumière ce qui deviendra prière, appel, offrande et abandon à l’amour ;
cet amour qui se révèle en se communiquant et qui transforme en
éclairant.


En lisant ces textes, et en les relisant une deuxième ou une troisième
fois, en les « ruminant », peut-être en les écrivant, certains passages
attirent l’attention intérieure de celui qui les lit ; déjà s’établit comme un
attrait, un dialogue entre la Parole qui se manifeste et celui qui veut la
comprendre et la suivre. Ce qui suppose, en lisant, une ouverture
toujours plus grande à l’Esprit qui nous guide et illumine le texte. Il faut
simplement accepter d’être éclairé et guidé.


b. La « meditatio »


C’est à partir de la lectio que se fait la meditatio. Il est bon d’éviter un
raisonnement sur les textes et de ne pas chercher trop rapidement des
applications à partir des textes médités. Cette meditatio doit être prudente.
Elle ne doit pas nous fixer sur nous-mêmes, elle ne peut que nous fixer
sur Dieu ; elle ne peut être œuvre humaine, étude, analyse ; elle doit
rester accueil et ouverture. Elle est un désir d’intelligence et de vision.
Elle mène vers une adhésion priante et favorise une contemplation
toujours plus unifiée et plus complète du mystère de Dieu, selon ses
vues. C’est une étape délicate. En effet, la « meditatio » pourrait se faire
facilement introspective, cherchant des applications concrètes
immédiates, personnelles et même apostoliques, ce qui diminue fort le
champ de vision et empêche de voir la grandeur et l’ampleur du mystère
contemplé, de la lecture faite, de la Parole entendue, écoutée. Toute
Parole de l’Ecriture ne peut avoir en tout temps un point d’application
concrète.


La méditation peut se nourrir avec profit de la «symphonie de l’Ecriture
», un texte biblique pouvant être éclairé par d’autres ; elle se nourrit aussi
du trésor de la tradition chrétienne qui a déjà reçu avec fruit cette Parole
de Dieu.


On peut également s’appuyer sur les informations que l’on trouve en
notes dans une Bible bien commentée, lorsque celles-ci éclaircissent le
sens du texte. C’est après la Lectio Divina qu’on doit lire ces
informations, et non pendant le temps de prière de la Parole. L’étude
exégétique du texte sacré aidera d’autant mieux la Lectio Divina qu’elle
souligne son importance dans l’Histoire du Salut, informe au sujet de son
destinataire, donne la structure du texte et explique sa portée. Une telle
étude peut être priante ; elle le sera d’autant plus que la Lectio Divina
bien faite a précédé l’étude. Cette dernière est d’autant plus riche qu’un
texte a été souvent objet de Lectio Divina.


Remarquons enfin qu’une « meditatio » peut être d’autant plus fructueuse
que le fruit de sa réflexion a été noté. Tel texte sera noté parce que mieux
compris, tel autre sera retenu et noté qui a offert une occasion de prière.


Quand la prière devient simple, elle se fait « litanique », en ce cas elle
peut très bien être mise par écrit ; elle sera répétée après.


c. L’ « oratio »


La prière est formulée par rapport aux textes qui la nourrissent. Peu
à peu on s’habitue à transformer les textes en prières courtes, en
invocations simples, en brèves paroles qu’on répète intérieurement ; elles
soutiennent une prière plus profonde. On peut y donner un temps assez
long ; on peut aussi la reprendre dans les temps libres, dans un temps
d’adoration eucharistique ou une prière plus prolongée, paisible et
détendue. Elle mène à la contemplatio.


Devant la grandeur de Dieu et l’infinie bonté de son amour, cette
oratio dépasse la foi en la vérité révélée pour devenir adhésion à l’amour
divin, abandon à sa miséricorde, confiance en cette bonté infinie du Père
qui envoie son Fils et nous donne l’Esprit. Ce mouvement change la
réflexion en une adoration où tout l’homme s’oublie pour ne plus fixer
que la Source de toute bonté, le Dieu très saint, fort et immortel, le Dieu
qui est amour infini et éternel.


Le croyant simplifie son adhésion à Dieu par un Amen filial que
l’Esprit Saint forme en lui, unissant son cœur au Cœur du Christ ;
ajustant sa propre attitude à la disposition intérieure du Christ (cf. Ph 2),
en suscitant le désir de suivre le Christ sur les voies de l’amour, en se
mettant avec lui comme coopérateur de Dieu, sauveur avec le Christ
Sauveur, acceptant l’ensevelissement avec le Christ pour ressusciter avec
son Seigneur. Telle sera l’aspiration que le cœur formule avec des mots
simples, le plus souvent dans un silence qui accepte tout ce qui dépasse
l’entendement et où l’intelligence humaine ne peut plus comprendre, tant
est immense le mystère de la lumière divine.


La prière du cœur est un élan de l’âme, un mouvement d’admiration
devant la grandeur, la beauté du mystère révélé. Dieu est grand ! Dieu est
beau ! Dieu est bon ! La prière s’exprime en vivant ce mystère de
grandeur et de beauté divines dans lequel tout homme se situe à la
lumière de Dieu, à la lumière de la révélation.

Cette prière, nourrie de la Parole de Dieu, peut prendre tous les
accents de la prière biblique exprimée dans les Psaumes et cantiques de
l’Ancien comme du Nouveau Testament : adoration, louange, confiance, action de
grâces, demande de conversion et de pardon, supplication.

d. La « contemplatio »


Dans le silence de Dieu, l’homme mesure la plénitude de vie qui lui
est réservée. Il s’apaise, il se pacifie ; son regard s’illumine dans la lumière
éternelle et son cœur s’attache aux biens qui ne passent plus : ici, l’oratio,
la prière filiale, devient contemplation divine. L’homme adhère de tout
son cœur à Celui qui l’a créé, il se donne tout entier à Celui qui s’est livré
pour le sauver, il se consacre à Celui qui dans un appel éternel, l’a appelé
de son nom et l’a consacré pour être à Lui à jamais.


La contemplatio dépasse tout effort par un acte d’adhésion à Dieu dans
la foi à son Amour ; elle devient espérance en sa miséricorde, elle s’étend
en charité pour aimer tout ce que Dieu aime et reporter tout à Lui. On
aime pour Dieu, à cause de Lui, comme Lui, par amour de Dieu et
amour des hommes. La contemplation fixe dès maintenant tout l’être en
Dieu ; elle permet à l’homme d’être par sa seule présence le témoin de
Dieu, l’instrument de sa bonté, le signe de sa charité.


A l’expérience, nous constatons que la contemplatio connaît cette
ardeur qui est un don gratuit, une intervention de Dieu, souvent
inattendue, qu’elle prend en nous une forme spontanée qui n’est pas
l’effet d’un effort, d’une activité propre, le résultat d’une générosité ; elle
est un don gratuit de Dieu qui nous unit à Lui, demeure en nous et nous
fait demeurer en Lui. Ce don nous fait sentir une présence d’amour qui
est vie, force, ardeur, chaleur, feu consumant, purifiant, flamme d’amour.
C’est là l’effet de l’action de l’Esprit. Le « Veni Creator », dont sont prises
ces paroles, forme un petit traité d’union à Dieu et d’expérience
spirituelle que la contemplation expérimente et atteste toujours à
nouveau.


Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de contemplation, sans ressentir
ses effets : plénitude de Dieu qui envahit tout l’homme, le comble, le
réduit au silence, le fixe en Dieu. Tout cela peut se faire sans cette ardeur
qui est plus l’effet de la présence de Dieu que cette présence même.
L’ardeur la rend sensible. On peut cependant l’expérimenter dans
l’aridité, quand l’oraison se fait difficile.


Ce qui importe avant tout, c’est de situer la contemplatio au centre
même de ce qu’elle est. La contemplatio est repos en Dieu. Elle est « repos », parce qu’elle unifie intérieurement ; elle fixe toute l’attention sur la
présence, l’action de Dieu en nous, elle nous centre sur Dieu qui
demeure en nous et de ce fait nous permet de demeurer en Lui. Père et
Fils font en nous leur demeure. Ils viendront en nous, si nous suivons, si
nous observons leurs commandements, c’est-à-dire leur inspiration, leur
Esprit.


Ce repos en Dieu est une transformation intérieure ; il nous permet
d’être tout à Dieu ; il est don de Dieu, présence d’amour. L’ardeur qui
nous révèle cette présence peut être momentanée, elle peut nous
surprendre, elle est signe de l’action de Dieu, elle n’est pas l’action elle-même de Dieu en nous. Dieu nous transforme par assimilation ; il nous
rend semblables à Lui : quand nous le verrons, nous verrons que nous
sommes semblables à lui. Il fallait être contemplatif comme Jean pour
écrire ces paroles si simples et si profondes.


C’est dans ce repos que prend place l’adoration. Adorer, c’est
reconnaître la grandeur de Dieu, sa beauté, son amour. C’est louer sa
majesté, l’ampleur de ses dons, c’est professer que nous sommes de lui,
en lui, par lui, c’est témoigner de lui et lui rendre hommage, en lui
remettant tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons reçu, le
monde qui nous est uni comme nous lui sommes unis par volonté divine
; l’adoration est offrande et action de grâces ; elle vit l’amour, don de
Dieu qui nous permet de l’aimer lui seul, lui toujours plus.


L’adoration est la plus haute prière, la prière parfaite, celle des anges
et des élus, celle de ceux qui voient Dieu. Et nous le voyons déjà dans la
foi, une foi illuminée qui s’éclaire quand elle est vision d’amour, échange
d’amour. Adoration parfaite parce que filiale, prière de Jésus qui, pauvre,
a tout reçu et tout remis en un seul amour, qui, obéissant, n’a rien fait
que la volonté du Père, être sa Parole, faire ses œuvres, manifester son
amour, donner sa gloire.


e. De la lectio divina à l’action et au témoignage


N’oublions pas, tout d’abord, que le fruit de toute prière n’est pas
fait pour être donné dans la prière elle-même mais dans nos engagements
que la prière vient ainsi illuminer.


La contemplation transfigure l’apôtre, elle approfondit sa parole
pour en faire une Parole de Dieu ; elle transforme ses gestes pour y
manifester les traits du Verbe incarné.


La Lectio Divina, faite régulièrement, avec générosité, prolongée en
un mouvement d’abandon et d’émerveillement, donne peu à peu une
vision des choses divines qui nous permet non seulement de discerner
les voies de Dieu, de connaître le mystère de salut, mais qui nous fait
entrer dans la lumière divine. Cette lumière divine unit en illuminant,
éclaire en ramenant tout à la source de toute vie, simplifie en unissant
tout dans Celui qui est le Verbe éternel du Père et attire tout dans Celui
qui est Amour, qui seul est digne d’être aimé au-dessus de tout et pour
toujours.


L’action constitue moins un échelon supplémentaire, un cinquième
échelon, de l’échelle sainte qu’une autre manière de mettre en œuvre
cette même pédagogie divine. Sa progression à laquelle nous habitue la
lectio divina vécue régulièrement a une correspondance étroite avec la
manière dont nous pourrons, ainsi que le recommande saint Pierre, «rendre
témoignage de l’espérance qui est en nous ». La lectio divina nourrit donc notre manière d’être témoins de la Bonne Nouvelle.


– Le premier échelon, la « lectio », trouve son correspondant dans
l’importance qu’il y a, lors de nos rencontres, à l’accueil de l’autre avec la
même disponibilité que nous apprenons pour l’accueil de la Parole de
Dieu. Entrer dans une véritable écoute qui libère la parole de l’autre et
qui souvent, nous en faisons l’expérience, lui permet de formuler alors ce
dont la personne elle-même n’avait même pas conscience. C’est parfois
l’étape la plus décisive dans la rencontre pastorale, dans le témoignage
que de permettre l’accession à la parole. Nous en trouvons une superbe
expression dans la rencontre emblématique de Jésus avec la Samaritaine
en Jn 4,7-28.


– Au second échelon, la «meditatio », correspond, dans l’ordre du
témoignage, le lien que nous pouvons faire entre ce qu’exprime la
personne rencontrée et ce que révèle la Parole de Dieu. Aider ainsi
l’autre à entrer dans un cheminement.