La Sainte Messe

La messe
a. Découverte de la richesse inépuisable de la messe : point central et capital pour tout « Veilleurs de la Cité».


La messe qu’est-ce que c’est ? Beaucoup de contemporains se posent
la question de la signification de la messe. Parmi ceux-ci, d’autres
éprouvent l’ennuie durant la messe. Entre ceux qui se posent la question
et ceux qui éprouvent l’ennuie, il y a ceux qui viennent, par habitude,
sans comprendre la signification réelle de la messe. A tous ceux-là et aux
« Veilleurs de la Cité », nous désirons leur expliquer le sens profond de la
messe.


La messe ou l’eucharistie en semaine comme le dimanche est une
action de grâce. Elle peut être aussi comprise comme l’irruption et la
manifestation de la grâce de Dieu dans le temps des Hommes. Cette
présence puissante et agissante sanctifie les participants et la création
toute entière, et de surcroît l’espace et le temps où se déroule la messe,
le don total de notre Seigneur. Don total, parce que nous célébrons à
l’eucharistie la mort et la résurrection du Christ.
Durant l’Eucharistie le Christ se donne totalement, à la fois, à l’autel
de la Parole et de l’oblation comme Il s’est donné à l’autel de la Croix.
Le même mystère du don total du Christ continue de s’opérer à chaque
eucharistie, miracle des miracles, mystère ineffable et mystère de la condescendance divine : notre Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit Dieu.

A chaque messe, Dieu nous convoque et nous répondons à son appel. Il
nous invite au festin des noces de l’Agneau et nous y participons avec
joie. Ceci explique la parabole du roi qui invite ces congénères aux noces
de son Fils (Mt 22, 1-14) .


Répondre à l’appel du Seigneur en venant à la messe chaque dimanche
ou en semaine, résulte du devoir du chrétien, en réponse à son baptême
et à son désir de répondre à l’appel à la sainteté, appel universel que Dieu
adresse à tous.
La messe est donc subdivisée en deux parties, à savoir :

  • La liturgie de la Parole
  • La liturgie Eucharistique.


a.1. La liturgie de la Parole


Dans la liturgie de la Parole, nous nous mettons à l’écoute du
Seigneur qui nous parle et donc nous interpelle.


Comment nous interpelle-t-il?


Tout simplement par la bouche du lecteur ou de la lectrice qui prête
sa voix au Seigneur par l’acte de lecture. Il nous interpelle aussi par
l’Evangile proclamé par le diacre ou le prêtre. Pierre, en Jn6, 68 disait à
Jésus : « A qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle et nous savons que tu es le Fils de Dieu ».


Dès lors la parole de Dieu n’est pas un texte romantique, ni une poésie
sentimentale, ni un assemblage de mots. Elle est une Parole inspirée qui
nous est adressée à chaque office ou messe. Elle peut nous secouer là où
nous sommes, dans l’expérience que nous vivons, bonne ou mauvaise ;
elle peut nous secouer aussi au cœur de la charité fraternelle et aussi
nous-même soit dans l’intime, ou le tréfonds de notre être. La parole de
Dieu nous visite et revisite chaque jour à chaque lecture.


Par sa parole Dieu saisit tout notre être et nous invite à nous ajuster par
le biais de la conversion. C’est d’ailleurs l’exhortation magistrale qu’il
adresse à son auditoire, Mc 1, 15 : « Le royaume de Dieu est tout proche, convertissez-vous et croyez à l’évangile ».


L’Eglise est notre mère, et une mère est consciente du besoin
nutritionnel de ses enfants. Ceci dit, à chaque messe, l’Eglise nous
propose deux lectures, à savoir l’Ancien et le Nouveau Testament. Elle ne nous demande pas de faire un choix ni de sélectionner, elle nous demande de les lire, les ruminer, les accueillir et de nous laisser interpeller par elle.


Beaucoup de nos contemporains expriment la crainte de lire
l’Ancien Testament, à cause de quelques violences qu’on retrouve dans
certains livres qui le composent. Ils ignorent que Dieu a commencé à
préparer le cœur de ses enfants déjà, à partir de l’Ancien Testament. De
fait, par ce moyen, il leur permettait de se préparer à accueillir son Fils
qui nous révèle son vrai visage dans le Nouveau Testament. Lui-même le
dit à Philippe en Jn 14,1Ss : « Qui me voit a vu le Père. Comment peux-tu me demander montre-nous le Père ? Ne sais-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? »


La vrai question qu’il faut se poser par rapport à l’accueil de l’Ancien
Testament est la suivante : les violences qui sont critiquées par certains dans l’Ancien Testament, ne sont – elles pas, aujourd’hui, une réalité de notre société ?


Le Seigneur ne nous propose pas de faire le choix de la violence. Au
contraire, par ses enseignements, y compris le décalogue (les dix commandements), il nous recommande, de faire le choix de l’amour et du bien. Le Nouveau Testament ne tombe pas du ciel, il est l’accomplissement du l’Ancien Testament. Dans l’Ancien nous découvrons beaucoup de typologies qui s’accomplissent dans le Nouveau Testament. Exemple : le sacrifice d’Abraham, la vente de Joseph.


Derrière toutes ces figures vétérotestamentaires, pointe la figure du
Christ qui allait venir et que nous découvrons dans le Nouveau
Testament. Si l’Eglise notre mère nous propose ces deux lectures et le
psaume avant l’évangile, ce n’est pas pour nous embêter mais pour
meubler notre vie spirituelle. La parole de Dieu accueillie avec un bon
cœur nous sanctifie et nous donne la capacité de porter beaucoup de
fruits et c’est la Parabole du Semeur, avec les grains qui sont tombés
dans de bonnes terres. Si nous préparons notre cœur avant de venir à la
messe, si nous accueillons la parole de Dieu avec sérieux et le désir de
nous convertir, alors la parole de Dieu pourra atteindre et accomplir son
objectif. Elle qui ne revient jamais au Seigneur sans avoir porté de fruits
nous rappelle Is 55, 10-11 :
«Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas
sans avoir arrosé, féconder la terre et faire germer les plantes sans avoir
donné de la semence au semeur , sans avoir donné du pain à celui qui
mange, ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche et ne retourne
point à moi sans effet, sans avoir exécuter ma volonté et accompli mes
desseins ».


La sainte messe est donc l’irruption du temps de la grâce de Dieu
dans le nôtre. La liturgie de la Parole que nous venons de décrire
brièvement montre bien que la sainte Eglise notre mère a le souci du
salut de notre âme. Elle veut et désire que tout chrétien rencontre son
Seigneur à chaque eucharistie. De fait, elle espère que cette rencontre
suscite dans le cœur de ce dernier une vive flamme d’amour capable de
transformer tout l’être et de le configurer au Seigneur. In fine, elle espère
aussi que cette rencontre culmine vers l’expérience des disciples
d’Emmaüs (Lc 24,13-35 ). Ils ont accueilli la parole de Dieu et son explication de la
part du Seigneur; ce faisant tout leur être (esprit-âme-corps – 1Th 5,23) est préparé
pour accueillir la Parole qui se fait chair après l’acte de la
transsubstantiation. Pour « Les Veilleurs de la Cité », la liturgie de la messe
est le sommet de la vie spirituelle et il convient d’en prendre soin et de se
préparer avec amour, détermination, zèle et rigueur.


a.2. La liturgie Eucharistique.


La liturgie Eucharistique peut être considérée comme le temps des
noces ou du moins le temps du repas nuptial qui a commencé déjà avec
la liturgie de la Parole et s’éclot avec la liturgie Eucharistique, promesse
et gage de la vie éternelle. Rappelons en passant que la liturgie de la
Parole se termine par la prière universelle. La liturgie Eucharistique
commence par l’offertoire qui se met en parallèle avec les collectes. Le
prêtre offre le pain et le vin qui symbolisent les joies, les peines, les
souffrances, les sueurs, le travail de la communauté ecclésiale locale. En
offrant le pain et le vin, le prêtre prie pour elle et espère que celle-ci
découvre son Seigneur et lui reste fidèle. Le temps de l’offertoire n’est
pas un temps de distraction ou on peut rire et s’évader. Il est donc
capital, voire obligatoire pour tous « Veilleurs de la Cité » de vivre le temps
de l’offertoire avec ferveur.


Comment comprendre le parallèle entre l’offertoire et la
collecte ?


Beaucoup donnent des pièces rouges à la collecte, tout en gardant
leur bien et en donnant le superflue. Le temps de la collecte exprime la
participation à l’Eucharistie. Or qui dit participation dit aussi offrande et
par ricochet oblation des fidèles eux-mêmes en vue de plaire à Dieu et lui
donner amour pour amour. Le temps de l’offertoire s’ouvre à la préface
et la prière Eucharistique où le prêtre étant époux de l’assemblé intercède
pour les uns et les autres en vue de l’édification de l’assemblée. Il est
donc important, voire providentielle, que le prêtre ait le souci des âmes
et les présente au Seigneur durant l’Eucharistie. C’est justement cela qui
suscite l’engouement et la joie de venir déposer ses fardeaux durant la
messe.


La préface s’ouvre à la prière eucharistique où se réalise le miracle
des miracles par le biais de la consécration du pain et du vin qui
deviennent Corps et Sang du Christ. Ce miracle des miracles relève de
l’opération « ad extra » où le prêtre n’est considéré que comme un
instrument par lequel le Seigneur se donne, se livre à son peuple qu’il a
convoqué.


Opération « ad extra » veut dire que la transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation substantielle du pain et du vin relève de l’initiative
à la fois du Père, du Fils et du Saint Esprit. Ceci est un mystère qui
outrepasse notre entendement et nous interpelle à l’accueillir avec
humilité et gratitude. De plus, ce mystère est fort proclamé par le prêtre
juste après la consécration quand il dit : « Il est grand le mystère de la foi». (canon romain). Les fidèles répondent : « Nous proclamons ta mort Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection et nous attendons ta venue dans la gloire (Ibidem).». Cette proclamation du mystère
eucharistique est dense. Par cette réponse donnée par les fidèles, comme
expression ultime de leur foi, ils s’ouvrent à deux réalités importantes et
inhérentes à celle-ci: le déjà là et le pas encore de l’irruption du Royaume de Dieu.


Le déjà là exprime que le Christ est présent sacramentellement, sous
l’apparence du pain et du vin devenant Corps et Sang du Christ.
Le Christ est là et sa troisième venue n’est pas encore plénière. Elle
sera plénière par l’accomplissement du pas encore.


Entre le déjà là et pas encore, il y a une tension qui habite le cœur de tout
fidèle qui s’est dûment préparé à la messe. Cette tension nous donne déjà
un avant-goût du Royaume à venir et nous plonge dans l’espérance qui,
elle-même, ouvre notre regard vers l’horizon du Royaume de Dieu et le
rassemblement ultime de tous ses enfants sous un seul Chef, le Christ.
Voilà un aspect plus qu’essentielle de notre foi et de notre disposition à
entrer dans la célébration eucharistique. La célébration n’est pas un
assemblage de poème ou de rites à opérer pour avoir la bienveillance de
Dieu, mais elle est d’une richesse inouïe que le chrétien, à plus forte
raison «Les Veilleurs de la Cité » doivent découvrir.


La prière eucharistique et la consécration culminent dans le temps de la
communion. Là se produit une double réalité : le fidèle qui reçoit le
Corps du Christ l’a déjà reçu au préalable, durant l’homélie. Ceci fait
référence à la parole de Pierre en Jn 6, 68 : « Seigneur à qui irions-nous, tu as les paroles de la Vie éternelle ».